L’exposition des photos d’Hala Hilmi Hodeib à l’Institut du monde arabe sera terminée lorsque paraîtra ce numéro.
C’est dommage. Mais dire en quelques mots tout le bien qu’on en pense ne sera pas inutile puisqu’il n’est guère concevable qu’un livre ou une autre exposition ne les réunissent à nouveau un jour prochain. Hala Hilmi Hodeib est une photographe d’origine palestinienne qui vit et travaille en France, son exposition s’appelle «Pierres et soif», plusieurs dizaines de tirages en couleurs, grand format, y sont présentés sur le thème de la pierre et de l’eau. Pratiquement toutes en gros plans (l’objectif ne couvre guère plus d’un mètre carré de terrain chaque fois), ses photographies sont cependant aux antipodes du « détail ». Ce paradoxe très surprenant crée leur magie,
particulièrement sensible lorsque l’eau figure sur l’image
(série « mer Morte ») car alors un autre miracle intervient :
les couleurs intenses, saturées, dramatiques (mais non traficotées) des pierres rendent tellement palpable le liquide incolore qu’on a l’impression d’en sentir physiquement la fraîcheur. Autre paradoxe : les compositions graphiques formées par les pierres, si elles relèvent à la fois de la peinture abstraite et du réalisme le plus froid (notamment grâce à l’impeccable piqué des tirages), n’y sont pas réductibles.
Un autre caractère leur fait déborder ces cadres : leur sensualité. C’est peut-être le croisement de toutes ces lignes de force qui confère aux photographies d’Hala Hilmi Hodeib leur palpitation. Et l’on pourrait imaginer que ces pierres et cette eau (et toute cette lumière, et toutes ces couleurs) sont ce qu’à vu le premier homme lorsqu’il a ouvert les yeux sur le monde pour la première fois.


Jean-Claude Pons
Revue d’études Palestiniennes
Avril 96 - Janvier 97